Le livre en préparation

AVANT-PROPOS : UN AN POUR RIEN
Le livre que vous venez d’ouvrir aurait dû voir le jour il y a déjà plus d’un an, et servir à ce qu’éclate enfin la vérité sur Patrice Claustre. Il aurait dû être écrit en 2007, il aurait dû paraître l’an passé, il aurait dû devenir une planche de salut pour mon petit frère. Au lieu de cela, depuis un an, Patrice, innocent emprisonné sans preuve, loin de la seule famille qui lui reste, se laisse dépérir dans sa cellule de Draguignan, attendant un livre en lequel il ne croit plus au moment où j’écris ces lignes. J’ai perdu un an à cause d’un imposteur qui devait m’assister dans la rédaction de cet ouvrage, imposteur qui, au lieu de m’aider, s’est enfui avec mon argent, avec notre espoir – le mien comme celui de ma mère et de mon frère – et un an de notre temps. Quand Patrice Claustre sortira de sa prison, il devra toujours à cet imposteur d’être resté un an de plus derrière les barreaux pour ce meurtre qu’il n’a pas commis.
Eté 2007.
Juste après la seconde incarcération de mon frère, Maître Gilbert Collard, son avocat, encourage mon projet de rédiger ce livre dans le but d’attirer l’attention des média et des politiques, alerter l’opinion publique sur le cas de Patrice, et remettre en branle, à défaut d’accélérer, la machine judiciaire qui, si elle l’a écroué, peut seule le libérer. En me présentant à l’un de ses clients, le journaliste Internet Frédéric Vignale, Maître Collard pense avoir trouvé la personne qui serait prête à me conseiller gracieusement pour l’écriture de mon témoignage. Je rencontre donc ce Frédéric Vignale en septembre 2007. Je ne sais rien de lui, et crois à tout ce qu’il me raconte, très emballée que je suis par ce type qui dit connaître le tout-Paris, avoir des contacts en haut lieu, et me promet monts et merveilles. Ma prise de notes commence alors ; j’appelle quotidiennement mon co-auteur afin de mettre en forme mon manuscrit. Mon énergie n’est pas encore celle du désespoir, j’ai foi en ce partenaire à l’autre bout du fil, j’ai foi en ce projet qui s’écrit dans ma tête. J’ai confiance et ne pense pas une seule seconde que Frédéric Vignale fait semblant de m’écouter, qu’il n’enregistre pas nos conversations téléphoniques, n’écrit pas l’ombre d’une ligne de son côté, ne fait rien. Chaque jour, pendant près d’un mois, j’échange dans le vide, impatiente de voir cette histoire, la mienne mais surtout celle de mon frère, imprimée noir sur blanc pour être rendue publique, et que justice soit faite, mon Dieu. En octobre de la même année, à l’issue d’une séance téléphonique de travail, Vignale me donne rendez-vous, comme à l’accoutumée, à 14h. le lendemain. Hélas ! je ne parviendrai plus à le joindre pendant les 4 mois qui suivront. Il ne prendra plus mes appels, ne me contactera pas, laissera chacun de mes innombrables messages sans réponse. Désemparée, pressée par le temps, moi qui souhaitais faire aboutir ce fichu bouquin dans les plus brefs délais, l’ayant annoncé sur le site Internet dédié à Patrice, je me retrouve sans rien d’autre que mes notes, sans plan précis, sans guide pour me conseiller dans l’assemblage de mes idées, de mes souvenirs, c’est la colère et l’angoisse, tout se brouille dans ma tête, je n’arrive plus à travailler. Mon frère déprime dans sa cage, il ne supporte plus ses conditions de détention, lui qui espérait ne rester à Draguignan que quelques semaines. Nous devenons fous, Patrice et moi, chacun de son côté du mur, à plusieurs centaines de kilomètres l’un de l’autre. C’est ma première dépression nerveuse et je la dois à Frédéric Vignale.
Automne 2007.
Le néant.
Hiver 2008.
Enfin, en février, la compagne de Vignale répond pour lui à l’un de mes coups de fil. Je leur envoie de l’argent – ce qui n’était pas prévu – car selon elle, ils traversent une mauvaise passe. Mais le téléphone de Vignale ne me répondra pas souvent par la suite, sa ligne étant la plupart du temps coupée. A chaque fois que je réussirai à le joindre, il repoussera la date à laquelle nous devions travailler et me fera miroiter à la place quantité de choses improbables auxquelles je voudrai croire, et croirai, tant sera fort le désir de revoir mon frère libre, tant je serai certaine que ce livre fera basculer la justice du côté de la vérité, tant je n’aurai que ça, ce livre, à quoi me raccrocher. Et l’autre, le Vignale, en profitera pour me vampiriser. Il me demandera de lui envoyer, de nouveau, de l’argent, pour l’aider face aux huissiers qui le pourchassent – seule vérité dans une mare de mensonges. Il me racontera des histoires abominables, inouïes d’invraisemblance, que je croirai encore, à propos de tous ceux qui le harcèlent et le menacent, alors que c’est lui le harceleur de tous ces pauvres gens qu’il a escroqués ou calomniés, ou les deux… Je ne sais pas encore que mon frère et moi allons subir le même sort que les précédentes victimes de Frédéric Vignale. Le voyou réussira à me faire croire qu’il a une invitation pour moi à la garden-party de l’Elysée, et qu’il pourra me présenter au Président Sarkozy, afin que je lui expose l’affaire Claustre. Je n’ai jamais vu cette invitation. Le vaurien réussira aussi à me faire croire que la chaîne M6 s’intéresse à Patrice, et a mandaté Vignale pour réaliser un documentaire sur lui. Je répondrai aux questions posées devant une caméra, mais ne verrai jamais ni la bande, ni le montage final.
Printemps 2008.
Je suis en proie au désarroi le plus total, devant l’absence de preuves d’une quelconque participation de Vignale à l’élaboration de mon récit. Je suis excédée quant au piétinement de ce livre qui ne s’écrira pas tout seul. Je me décide enfin à comprendre, ne me pardonnant plus à moi-même cette naïveté, celle des victimes qui voient en leur bourreau un bienfaiteur. Celle des désespérés qui placent toute leur confiance en ceux qui les écoutent, ou font mine de les écouter. Je réclame donc que Frédéric Vignale me donne ce qu’il me doit, à savoir : les notes, les enregistrements téléphoniques, les bandes vidéo, un embryon de livre pour me servir de base de travail. Il finit par me donner une clef USB, sur laquelle il y aura tout un tas de choses, et même en effet un document Word baptisé CLAUSTRE. Mais quand j’ouvre ce document sur mon ordinateur, à part quelques petites combinaisons de symboles dénuées de sens sur trois pages… rien. Et Vignale de me dire qu’il s’est trompé, qu’il m’envoie le livre par la poste !
Et moi de recevoir… rien. Pas même un mot.
Eté 2008.
Frédéric Vignale fait le mort quand je l’appelle, mais répand sur mon frère et moi-même les pires immondices qui se puissent inventer. C’est Gilbert Collard qui me rapportera la longue liste des horreurs : pour se défendre de n’avoir pas produit une virgule en échange de l’argent que je ne lui devais pas, mais que je lui ai donné, Vignale m’accuse d’avoir tenté de le séduire, de l’avoir reçu dans mon hôtel toute nue, il prétend qu’il m’y aurait filmée sur ma demande, que j’aurais vainement tenté de le faire venir à mon domicile pour le violer, et bien d’autres histoires encore, tournant de manière systématique, maladive, ridicule, autour du sexe. J’apprendrai plus tard que toutes les victimes de Frédéric Vignale ont souffert les mêmes calomnies. Toutes, hommes ou femmes, ont d’après lui eu l’intention de le violer. Quel immense pouvoir de séduction ! C’est ce que j’appelle la vignalemania. Je ne suis malheureusement ni la première de ses proies, ni sa dernière. C’est pourquoi, avant de raconter la terrifiante descente aux enfers de Patrice Claustre, je me devais de demander pardon à ceux qui attendaient ce livre, je vous devais des explications pour cette année de retard involontaire, cette année perdue à tout jamais, et il me fallait mettre en garde celles et ceux qui, comme moi, croisent la route de pervers comme Frédéric Vignale, dont je me surprends encore parfois à souhaiter la perte. Lui est en liberté, quand d’authentiques innocents sont prisonniers. Mais assez parlé de lui. Voici l’histoire de mon frère.
SORTIE NATIONALE 15 NOVEMBRE 2009
Marie-Élisabeth Claustre, le 26 septembre 2008.
